À Dapaong, réussir semble parfois devenir une faute. Lorsqu’un fils du terroir, un cadre ou un acteur engagé pose un acte concret au profit des populations, il ne récolte pas toujours la gratitude. Il devient plutôt une cible. Une cible à abattre.
Pourquoi ? Parce qu’il dérange. Parce que son initiative rappelle à d’autres ce qu’ils n’ont pas fait. Parce qu’il pourrait émerger. Parce qu’il pourrait compter.
Ainsi naît une guerre silencieuse, faite de rumeurs, de dénigrement, d’hostilité larvée et de manœuvres souterraines.
Et cette guerre ne se limite pas aux camps opposés : elle se joue parfois entre compagnons politiques, entre frères d’idées, entre fils d’une même terre. La rivalité prend le pas sur la responsabilité.
Résultat : les initiatives locales se raréfient. Certains cadres préfèrent désormais investir ailleurs, soutenir d’autres régions, construire loin de chez eux, simplement pour éviter d’être traînés dans la boue par leurs propres frères.
Quelle ironie tragique : une ville qui pousse ses bâtisseurs à s’exiler dans leurs propres engagements.
Pendant que l’on s’acharne contre ceux qui agissent, le véritable combat , celui contre la pauvreté, le chômage, le manque d’infrastructures et d’opportunités passe au second plan. On combat les personnes, au lieu de combattre le retard.
Cette mentalité n’est pas seulement regrettable ; elle est dangereuse. Elle tue l’initiative, elle étouffe l’ambition locale et elle condamne la région à tourner en rond pendant que d’autres avancent.
À force de vouloir empêcher les autres de grandir, on finit par empêcher toute la communauté d’avancer. Et à ce rythme, ce ne sont pas les individus que l’on abat, mais l’avenir même de la région.
GANGANE
