Construire ou rénover devient un véritable parcours du combattant dans la région des savanes. En cause : une pénurie croissante de main-d’œuvre qualifiée, qui désorganise le secteur du bâtiment et entraîne une flambée sans précédent des coûts de construction.
Sur les chantiers de Dapaong et de ses environs, le constat est unanime. Trouver un maçon disponible relève désormais de l’exploit. Les artisans se font rares, et ceux qui acceptent des travaux ne les mènent pas toujours à terme, laissant parfois des ouvrages inachevés pendant plusieurs semaines, voire des mois.
« J’ai commencé la construction de ma maison il y a plus d’un an. Jusqu’à aujourd’hui, je n’arrive pas à finir. Chaque fois qu’un maçon vient, il travaille quelques jours puis disparaît », témoigne kobiani , un habitant de dapaonkpergou.
Comme lui, de nombreux ménages se disent dépassés par la situation. « Avant, avec un peu d’économie, on pouvait construire progressivement. Aujourd’hui, même commencer devient difficile », confie une commerçante.
À l’origine de cette crise, plusieurs facteurs se conjuguent. D’une part, l’attractivité économique du Burkina Faso attire une grande partie des jeunes artisans de la région. Les conditions salariales y sont jugées plus avantageuses, poussant de nombreux maçons à franchir la frontière en quête de meilleures opportunités.
D’autre part, la ruée vers l’or dans les zones minières de la sous-région détourne également une main-d’œuvre importante.
Un maçon rencontré explique ce choix : « Au Burkina, on peut travailler toute une semaine et gagner peu.Dans les sites d’orpaillage, en quelques jours, on peut avoir beaucoup plus. C’est difficile de refuser ».
Un autre artisan ajoute : « Nous ne sommes pas assez nombreux. Ceux qui restent sont débordés, c’est pour ça que les prix augmentent aussi ».
Conséquence directe de cette fuite des compétences : une inflation marquée des coûts dans le secteur du bâtiment. Là où la construction d’une pièce coûtait auparavant entre 25 000 et 30 000 FCFA en main-d’œuvre, il faut désormais débourser jusqu’à 60 000 à 70 000 f CFA .Des tarifs devenus quasiment non négociables, imposés par les rares artisans encore disponibles.
Cette hausse des coûts suscite frustration et incompréhension chez les populations.
« On ne discute plus les prix. Si tu refuses, il y a quelqu’un d’autre qui accepte. On est obligés de suivre », déplore un chef de ménage.
La hausse des prix ne se limite pas à la main-d’œuvre. Le coût de fabrication des briques a lui aussi doublé, passant de 500 FCFA à 1 000 FCFA pour un paquet de ciment, alourdissant davantage la facture finale.
Face à cette situation, les populations s’inquiètent des répercussions à long terme sur le développement urbain et social de la région. Le ralentissement des chantiers, voire leur abandon, pourrait accentuer le déficit en logements et freiner les investissements.
Dans un contexte où la demande en infrastructures reste forte, la crise du bâtiment dans les savanes apparaît comme un signal d’alerte.
Entre exode des artisans et pression économique, le secteur vacille, laissant les populations dans l’incertitude.
