Dans la cour sablonneuse d’une concession de Koundjoaré des enfants jouent autour d’un grand manguier. Ils ne se connaissent que depuis quelques semaines, mais leurs rires se mêlent déjà comme s’ils avaient grandi ensemble. Parmi eux, Aïcha 10 ans, arrivée du Burkina Faso après les dernières violences. Elle vit désormais chez la famille Sambane, qui l’a accueillie comme sa propre fille.
« Quand on m’a dit qu’une famille cherchait où rester, j’ai pensé à ma tante qui vit de l’autre côté. Nous sommes les mêmes. Comment refuser ? » raconte mariam Sambane, en posant une natte fraîche devant sa maison.Ce geste simple reflète l’esprit qui anime de nombreux foyers des Savanes : ouvrir sa porte, son cœur, et parfois même partager le peu qu’on possède.
Un accueil façonné par l’histoire :
Dans cette partie du Togo , la frontière n’a jamais vraiment séparé les peuples. Les familles sont dispersées entre les deux pays, les marchés sont communs, les traditions s’entremêlent.
« Quand les violences ont commencé là-bas, chacun savait que quelqu’un viendrait frapper à sa porte. C’est notre histoire », confie un chef traditionnel.
Ainsi, plutôt que d’installer des camps, les villages ont ouvert leurs concessions. Les nouveaux venus dorment dans les maisons, partagent les repas, s’intègrent au rythme quotidien des familles hôtes. L’accueil ne s’est pas construit sur une décision administrative, mais sur une mémoire collective.
Une assistance qui touche aussi les familles d’accueil :
À cinkasse , la famille Kombaté héberge huit personnes depuis quelques mois.
« Nous partageons ce que nous avons, mais ce n’est pas toujours facile. Heureusement, l’aide arrive aussi pour nous », explique le père de famille.
Les autorités régionales, avec l’appui des partenaires humanitaires, ont en effet veillé à ce que les assistances bénéficient autant aux réfugiés qu’aux familles d’accueil. Riz, huile, savons , vêtements kits d’hygiène, consultations médicales : chaque distribution se fait de manière équilibrée, pour éviter toute frustration et préserver l’harmonie.
« Sans les familles hôtes, ce modèle d’accueil serait impossible. Elles doivent être soutenues », rappelle un agent humanitaire rencontré près du marché de Koundjoaré.Cette approche inclusive est devenue un ciment social, renforçant les liens et évitant les tensions.
Des villages résilients dans un contexte fragile :
En fin de journée, à kpendjal ouest 2 , le soleil descend derrière les collines de namoudjoaga. Dans une concession, une jeune réfugiée pile le maïs avec la fille de sa famille d’accueil. Leurs gestes se répondent, comme un langage retrouvé.
« Nous dormons bien ici. Je me sens en sécurité », murmure-t-elle.Le contexte sécuritaire dans la région reste délicat, mais cette solidarité silencieuse contribue à maintenir un climat de confiance. Les autorités locales saluent ce modèle communautaire, qu’elles considèrent comme un rempart précieux dans une région éprouvée.
« La solidarité dans les savanes am n’est pas nouvelle. Mais aujourd’hui, elle protège des vies et éclaire nos villages », résume le chef canton de pognon.
Dans les Savanes, les journées s’écoulent au rythme mêlé des familles d’accueil et des réfugiés. Ici, la cohésion sociale ne se décrète pas : elle se vit, s’entretient, et grandit au fil des gestes simples. Une solidarité qui traverse les frontières, et qui, dans chaque village, éclaire un peu plus l’avenir.
GANGANE
